Elise van den Brand : Plus d'informations bientôt

Je me découvre tout à coup comme objet en tant que je parais à autrui. - Jean-Paul Sartre 

 

« L'art, et peut-être tout particulièrement l'art figuratif, est à la fois sujet et objet. Il existe plusieurs couches à traverser : de la compréhension intérieure qu'un sujet a de lui-même à un instant donné, à la façon dont il se présente à l'artiste, puis à la manière dont l'artiste interprète ce sujet et choisit de le représenter. Et puis il y a le spectateur. Ce spectateur peut lire un texte, ou choisir de tirer ce qu'il veut des œuvres elles-mêmes. Et s'il fait cela, il y projette ses propres expériences.

Mon travail fonctionne comme un « trou de serrure ». À travers des peintures figuratives au cadrage serré, j'explore la tension entre la façon dont nous souhaitons être perçus et le moment où notre image est dérobée par l'observateur. Je veux créer un espace quelque peu inconfortable, né de cette ambiguïté, dans lequel je transforme essentiellement mes sujets en objets dès lors qu'ils sont recadrés sur une surface accrochée à un mur.

Au lycée, j'ai été initiée au concept du Regard de Jean-Paul Sartre. Sartre soutenait qu'au moment où nous sommes regardés, nous cessons d'être les maîtres de notre propre univers pour devenir un « objet » dans le monde d'autrui. Nous nous « figeons » sous le regard ; nous jouons un rôle, nous nous dissimulons, ou nous nous cuirassons.

Les sujets de mes œuvres sont souvent saisis dans un état d'« Armure sociale ». Un moment espiègle avec une lame, une boucle d'oreille ornementale, ou le geste de se coiffer devient un rempart défensif contre le « regard » des autres. Cependant, en supprimant le contexte plus large, la « vérité » du moment devient fluide. Une langue qui lèche une lame a peut-être été, pour le sujet, un instant de joie festive, mais pourra être perçue comme provocatrice par le spectateur. Cette friction — ce « vol » de l'intention du sujet par la projection du spectateur — est le battement de cœur central de l'exposition.

Qu'il s'agisse d'un visage dissimulé derrière des feuilles ou d'une main illuminée dans l'obscurité, ces œuvres capturent les « fuites » du moi : ces petits détails fortuits qui subsistent même lorsque nous tentons de nous dissimuler derrière une façade. » — Elise Van Den Brand.